Une très forte pénurie de vin en 1646* et la nécessité de sécuriser les échanges commerciaux avec en particulier les Provinces Unies (les Pays Bas)** a incité les Jurats de Bordeaux à mettre de l'ordre dans le commerce des vins du bordelais.
Ils demandent donc aux courtiers de leur faire un état des échanges commerciaux.
Sont invités à cette Assemblée de la Jurade de Bordeaux (représentant Graves, Médoc, Palus et Côtes), une délégation de chaque juridiction hors Bordeaux :
La Vallée de la Garonne (Rions, Cadillac, St Macaire, Langon, Ste Croix du Mont),
la prévôté royale de Barsac (Preignac, Fargues, Pujols, Bommes),
Outre-Dordogne (Baye, Bourg, Fronsac, Guîtres, Coutras, Libourne, Saint Emilion, Castillon),
Entre-deux-Mers et Benauge.
De cette analyse faite en trois jours, naît, de facto, la toute première classification des vins de Bordeaux. Il n'y a pas encore de classement individuel des châteaux car à l'exception de Haut Brion et Margaux, les vins sont essentiellement identifiés par leur secteur de production :
On note une très grande disparité entre le Médoc et le Sauternais. Il est à noter qu'à cette époque le Château Margaux existait déjà et était déjà réputé pour son vin, alors que le Château d'Yquem en était à ses prémices.
L'original de ce document est conservé aux archives de Bordeaux Métropole. Il a été très
endommagé par un incendie en 1862, mais il existait une copie du milieu du XVIIIe siècle.
Il faut tout de même noter que le premier classement des vins de Bordeaux par ses châteaux tel que celui de 1855, est celui de Thomas Jefferson en 1787 (avant de devenir le 3ème Président des Etats Unis d'Amérique), qui consigna dans ses Carnets ses appréciations des grands crus bordelais.
Le célèbre classement de 1855, concernant uniquement la rive gauche (Médoc, Graves et Sauternes), trouve également son origine dans une forme de "grille tarifaire". En effet, pour l'exposition universelle de 1855, Napoléon III souhaitait un classement afin de donner de la visibilité à l'excellence des vins de Bordeaux. Comme il n'y avait jamais encore eu de classement à destination du public, celui-ci fut élaboré sur la base des connaissances approfondies des négociants fruit d'années de collaboration avec les propriétés. Cette expérience se traduisait par une hiérarchie de prix qui 'classait' de facto les producteurs dont la qualité des vins était reconnue supérieure année après année. Pour en savoir plus sur ce classement : Histoire du classement sur le site du Conseil des Grands Crus Classés 1855